Introduction

En Europe

La croyance en personnes capables de pratiquer la sorcellerie remonte très tôt dans l’histoire. Depuis l’Antiquité déjà, des traces d’exécutions individuelles sont retrouvées. Ce n’est qu’à la fin du Moyen Age, par contre, que des persécutions systématiques voient le jour dans le contexte plus général de la lutte contre l’hérésie. D’après les estimations des experts, ce sont au minimum 50’000 personnes qui seront exécutées pour le crime de sorcellerie en Europe, parmi ceux-ci, environ 70% étaient des femmes. L’une des dernières exécutions pour sorcellerie en Europe se déroula en 1782 à Glaris, la malchanceuse se nommait Anna Göldin. Pour l’anecdote, elle fut innocentée par le Grand Conseil de Glaris en 2008.

En Valais

Les croyances à la sorcellerie en Valais sont probablement autant anciennes que dans le reste de l’Europe, les premières traces écrites d’exécutions individuelles remontent au 14ème siècle. C’est aussi à la fin de ce siècle que nous trouvons les premiers tracts de démonologie qui expliquaient les pratiques de sorcellerie. Le Valais est exceptionnel pour une raison bien particulière dans l’histoire des chasses aux sorcières. C’est dans le diocèse de Sion que l’une des premières chasses aux sorcières organisées d’Europe a lieu en 1428. Le chiffre exacte de personnes exécutées pour sorcellerie en Valais n’est pas encore très clair, les estimations penchent vers 100 ou 200 personnes mais les archives n’ont pas encore relevés toutes leurs surprises. En Suisse romande, le chiffre tourne autour des 10’000 personnes. La dernière chasse aux sorcières valaisanne c’est déroulé dans le val de Bagnes dans les années 1730.

Rumeur

Dans la pièce

L’opéra mentionne à plusieurs reprises l’importance de la jalousie portée par Anna envers Thomas et Kathelijne. C’est elle, par ailleurs, qui commence à accuser les deux femmes, Kathelijne et Elisabeth, d’être des sorcières. Anna est aussi celle qui immisce l’idée aux gens que c’est parce que Ciske est allé chez Elisabeth qu’il a forcément du être ensorceler. La réaction initiale des gens ne va pas dans le sens d’Anna, l’ « Homme » cherchent une réponse rationnelle à la prétendue mort de Ciske. Mais la rumeur s’amplifie, personnifié par les rôles des « Femme ». La mort d’enfants est liée à l’activité des sorcières par certaines alors que d’autres accusent les sorcières de bruler des corps pour en faire de la poudre magique. La rumeur enfle jusqu’à ce que tous se mettent d’accord de bruler les sorcières.

En Valais

La rumeur est à la base de poursuite judiciaire contre les sorciers, par ailleurs, elle constitue déjà une semi-preuve de culpabilité, les confessions obtenues sous la torture en seront la preuve. L’importance des rumeurs et de leurs répercussions est toute aussi considérable dans l’opéra que dans l’histoire valaisanne. Nous prendrons comme exemple le cas d’une chasse aux sorciers et voleurs qui consuma le village de Vex durant les mois de mai et juin 1528. Les déclarations des 89 personnes interrogées, dont 23 femmes, pour l’enquête générale reposent essentiellement sur les rumeurs du village et sur l’opinion publique. Les dépositions montrent que 7 femmes et 15 hommes sont spécifiquement visés. Ils sont accusés de vols, sorcellerie, empoisonnement et de lycanthropie (transformation d’homme en loup). La rumeur est souvent invoquée lors des dépositions alors que le nombre de personne à fournir des détails est faible. Jean Wallan est le seul homme à être accusé lors de l’enquête générale. Sa fille Silvia est, par ailleurs, aussi accusée. Père et fille recueillent le plus grand nombre de dépositions. Selon celles-ci, Jean a la réputation d’être un sorcier depuis plus de 40ans. Il est accusé d’être un hérétique, de provoquer des maladies et des douleurs à la suite de confrontions et de se transformer en loup. Quelques témoins donnent des détails sur les méfaits de Wallan alors que beaucoup d’autres se contentent de rapporter la rumeur publique. Il n’y a aucune trace de l’arrestation de Jean Wallan après l’enquête générale mais il est peu probable qu’il s’en soit sorti sans litige. Sa fille Silvia arrêtée puis torturée à la guérite de Valère avoue avoir empoisonné plusieurs personnes sur une durée de 30ans. Elle fut condamnée à la noyade dans la Borgne.

Accusations

Dans la pièce

Les accusations proférées à l’encontre d’Elisabeth sont principalement dues à son habilité à guérir les gens. Elisabeth est aussi accusée d’ensorceler des hommes avec des herbes qu’elle porte à la ceinture. Il est aussi mention de la capacité d’Elisabeth de rendre les femmes stériles, comme l’en accuse une des femmes de l’assemblée. L’influence sur la nature est aussi imputée à Elisabeth, les gens questionnent les conditions météorologiques défavorables. La quantité de chaudron possédé par Elisabeth est aussi remise en question. Le fait qu’Elisabeth soit enceinte alors que son mari est parti force les gens à croire qu’il n’est pas le père et que l’enfant ait été conçu par le diable.

En Valais

Généralement, les sorciers et sorcières étaient accusés de maleficium, c’est-à-dire de faire du mal volontairement à des gens ou des animaux. C’était à l’occasion d’une maladie incurable ou du décès prématuré d’animaux ou de personnes que les suspicions de sorcellerie émergeaient rapidement. En plus de posséder le pouvoir de blesser les êtres vivants, les sorciers étaient accusés de causer des perturbations cosmologiques tels que tremblements de terre, avalanches, chutes de pierre ou sécheresses, précipitations trop abondantes à des moments inappropriés ou encore chutes de neige en plein été. Les actes de sorcelleries commis en Valais, selon le chroniqueur Hans Fründ qui relata la première chasse aux sorcières, comprenaient des empoisonnements, des meurtres ou des blessures contre ceux qui leur avaient causé du tort. Les gens pouvaient devenir malades, aveugles, paralysés, fous, des femmes accouchaient beaucoup trop tôt ou des hommes devenaient impuissants ou stériles. En plus de causer du mal aux êtres humains, Hans Fründ nous décrit comment certains sorciers avouèrent être responsable de dégâts sur les fruits de la terre, plus particulièrement le vin et les céréales. Les animaux n’étaient pas en reste, comme les sorciers avaient le soi-disant pouvoir de s’en prendre à la production de lait et à sa conservation.

Nous voyons bien que ce sont majoritairement des faits difficilement explicables de façon rationnelle pour le Moyen Age qui sont attribués aux sorciers.

Sabbats et actes de sorcelleries

Dans la pièce

La première vraie action néfaste d’Elisabeth est de publiquement maudire Thomas pour son comportement avec Anna. Elisabeth lui dit qu’elle le transformera en crapaud. Dans sa fureur, Elisabeth confesse être une sorcière et menace de tous les ensorceler. La question du sabbat de sorcière est, comme beaucoup d’autres éléments, introduit par Anna. C’est elle qui, en s’adressant à Kathelijne, l’accuse de participer à un sabbat dans lequel elle danserait avec le diable. Les éléments récurrents au sabbat décrit par Anna sont le balai, le manteau et le tisonnier. Le sabbat se déroule la nuit et Lucifer est présent. Kathelijne est supposée devoir devenir sa reine. Un véritable sabbat s’en suit. Baiser au diable, danse et orgie ainsi qu’une messe noire y sont célébrés.

En Valais

Il est intéressant de savoir que la conception du sabbat de sorciers est probablement née dans nos contrées. En effet, il semblerait que les idées conçues concernant le sabbat proviennent des vallées alpines telles que le Valais ou le val d’Aoste. Les récits reportés quant au déroulement du sabbat proviennent tous des confessions des accusés de sorcellerie.

Le lieu où se déroule le sabbat valaisan est toujours un endroit reculé, à l’abri des regards. Les lieux, ainsi que le nom donné au diable, qui participe évidemment à l’évènement, sont les seuls éléments qui diffèrent selon les procès.[2] Pour les régions de Sierre et environs, on parle des ruines d’Ayent, de la forêt de Sierre ou du Grand Cornier pour le Val d’Anniviers. Les alpages étaient également souvent nommés, ceux de Lens ou de Thyon apparaissent à plusieurs reprises. L’apparence du diable varie selon les procès mais on retrouve toujours les mêmes similitudes. Selon Françoise Barras, habitante de Lens qui a échappé à son procès, le diable ressemblait à « un homme noir de forme très laide : il avait une tête cornue ; ça bouche crachait du feu ; il avait les yeux et le nez difforme, la bouche affreuse et large, le vêtement sale, noir et velu et les jambes raides, sans genoux. » Le diable est toujours décrit à peu près dans les mêmes termes, il est toujours très laid, ses mains et pieds sont souvent couverts. Afin de rejoindre la secte des sorciers, le diable se présentait aux élus, leur demandait de renoncer au baptême et à la foi chrétienne, en échange de quoi il leur promettait richesse et pouvoirs spéciaux, tels que la capacité de se transformer en animal ou d’ensorceler les êtres vivants. La légende veut que les sorciers et sorcières se réunissaient dans ces lieux écartés pour comploter contre les gens du village, préparer des chamboulements météorologiques ou des cataclysmes. Il est parfois aussi question de cannibalisme, d’infanticide, du baiser obscène octroyé au diable, d’orgie. Fait typiquement valaisan, les sorciers se rendaient souvent dans les caves de personnes haut placés pour profiter de leurs bons vins.

Les sorciers et sorcières valaisans ne se déplaçaient pas en balai volant comme beaucoup d’autres à travers l’Europe mais grâce à des tabourets volants.

Interrogatoire

Dans la pièce

Les personnages principaux dans le procès de Kathelijne sont l’homme de loi du Waasland, l’inquisiteur du pape ainsi que le maire et le pasteur de la ville.

Kathelijne est officiellement accusée d’avoir eu des rapports avec le diable, de ramasser des écrits diaboliques, d’avoir causer la mort de son propre père, de participer au sabbat de sorcières, de communier avec hésitation et aussi d’autres choses qui pourraient surgir pendant le procès.

Suivant la coutume européenne, le pasteur demande une aiguille dans le but de trouver et de percer la marque du diable typique de toutes les sorcières. Si lorsque la marque est percée mais qu’aucun sang n’est versé, l’accusé est considéré comme coupable de sorcellerie. La recherche de la marque du diable doit être faite à la vue de tous sur la place centrale de la ville. Si Kathelijne n’avoue pas, le maire lui fera passer la torture. Les cris perçus par la foule tout au long du reste de la scène laisse présager que Kathelijne subit effectivement la torture. Ciske nous parle de fouet.

En Valais

La chasse aux sorcières en Valais était de type inquisitoire, les accusés étaient interrogés sur les bases des manuels de démonologie ainsi que sur les aveux d’anciens sorciers. Ces interrogatoires étaient conduits sous la direction de l’Evêque de Sion ou d’un inquisiteur pour la partie savoyarde du Bas-Valais.  Les chasses aux sorcières relevaient habituellement des autorités laïques et la coutume était de juger les coupables là où on les arrêtait. Parfois, les procès avaient lieu directement à la Majorie de Sion. Les chasses aux sorcières étaient également un moyen pour les autorités de s’enrichir. En effet, les juges du lieu de l’arrestation avaient le droit de s’approprier les biens confisqués aux sorciers.

Pour illustrer cette partie, nous allons prendre l’exemple de Peter Eschiller de Conches en 1484. La procédure que subit Peter Eschiller est typiquement de style inquisitoire.[3] Il n’y a aucune présence de marque du diable en Valais, puisque cette pratique n’apparaît qu’au 16ème siècle. Peter Eschiller se voit présenter les vingt-huit articles sur lesquels se base son interrogatoire. Ces articles sont divisés en plusieurs parties. La première concerne l’entrée de Peter dans l’Eglise et sa confirmation. La seconde se concentre sur l’apostasie et le pacte avec le Diable. De la découle les méfaits propres aux sorciers ; les maléfices contre les personnes et les bêtes, la mauvaise réputation, l’usage diabolique pour faire revenir la femme de l’accusé, l’absence de rédemption, la promiscuité avec le Diable, la participation à divers sabbat. L’accusé avoue certaines choses comme avoir été baptisé, il nie, ignore ou ne se souvient pas lorsque les articles concernent la sorcellerie. L’évêque lui donne la possibilité à plusieurs reprises de rejoindre l’Eglise et d’avouer ses crimes. Peter Eschiller refuse car il ne peut se repentir d’un crime qu’il n’a pas commis. Son refus est perçu comme une ruse. Peter sera soumis à la torture pour qu’enfin la vérité jaillisse de sa bouche. En subissant la torture, vraisemblablement la corde, Peter fait une longue confession détaillée sur ses rencontres avec le Diable, ses participations aux sabbats. Ces confessions sont tout ce dont les commissaires ont besoin pour le condamner au bûcher. Comme beaucoup d’autres avant et après lui, les confessions de Peter sont dénudées d’éléments ayant appartenu à sa vie. Celles-ci étaient en fait des éléments typiques de la démonologie. Peter s’est sûrement contenté de reconnaître ce qu’on voulait lui faire dire plutôt que de subir une torture prolongée.

Exécution

Dans la pièce

L’exécution se déroule à l’aube devant le peuple qui s’est réuni pour l’occasion. Kathelijne a été trouvée coupable d’avoir conclu un pacte avec le diable par l’officier de justice et par l’inquisiteur. Le bûcher est allumé par le bourreau et Elisabeth brule pour un crime qu’elle n’a pas commis, pendant que Kathlijne et Thomas s’enfuient.

En Valais

Le mode privilégié en Valais pour exécuter les sorciers était également la mort par immolation sur un bucher, mais nous trouvons aussi des cas de pendaison et de noyade. Les exécutions étaient pratiquées sur les places publiques des villages devant la population. Si les accusés ne confessaient pas leur crime sous la torture, d’autres condamnations pouvaient être ordonnée. Parmi celles-ci, nous trouvons l’emprisonnement à perpétuité tant dans les cachots qu’à domicile ou le bannissement.

Maddy Follonier, Historienne